Réunion parents-profs. Je suis prêt, j’ai bien réservé tous mes créneaux de 5 minutes sur l’application, et j’ai noté les questions que je veux poser.
C’est l’heure de mon passage devant le professeur de français. Je m’assois, me présente. Il écrit notre nom de famille sur son petit cahier, avec l’heure. Il me parle de mon fils, de son comportement en classe, de ses résultats. C’est très rapide et parfaitement générique, et je ne peux pas lui en vouloir, l’exercice est difficile. Puis il me demande si j’ai des questions.
Et justement, mon fils m’a envoyé pour que j’aborde un sujet épineux : le rangement du classeur. En début d’année, le professeur a fait signer un engagement tripartite entre lui, les élèves et les parents, pour que les élèves tiennent un classeur bien rangé. Mais mon fils a du mal à respecter cet engagement, et m’en a fait part. Et force est de constater que moi aussi, en lisant les consignes… je ne les comprends pas.
J’explique donc mes difficultés au professeur et pendant que je lui parle, je le vois se tendre et ajouter une flèche à côté de notre nom puis, au bout de la flèche, il écrit : « parent pénible ». Je ne suis pas surpris, ni décontenancé, et continue la discussion que nous menons en parallèle. Après qu’il ait fini de m’expliquer que je n’ai pas à comprendre les consignes puisqu’elles s’adressent à mon fils, je me permets de lui indiquer :
– Par contre, « Schapira », c’est « S-C-H ».
– Pardon ?
– Là, sur votre cahier. « Schapira », c’est « S-C-H ». Vous avez oublié le « C ».
En quelques secondes, je vois toute la scène se jouer dans ses yeux. Il comprend que j’arrive à lire à son cahier à l’envers, puis il se rend compte que j’ai sûrement pu voir la flèche et le « parent pénible » qu’il a écrit. Il se demande s’il y a une chance pour que non et, tout en me racontant à peu près n’importe quoi, je le vois qui retourne consciencieusement son crayon et gomme le « parent pénible » du cahier.
Nous nous disons poliment au revoir et nous souhaitons une bonne journée.
Et moi j’ai une anecdote que je ne pourrais pas écrire sur le blog avant plusieurs mois, voire années (on va éviter tant qu’il y a une chance que mon fils puisse retomber sur ce professeur), et qui me fait sourire à chaque fois que j’y pense.
Chez nous, il n’y a pas parent 1 et parent 2. Il y a parent 1 et moi, « parent pénible ».