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Boris Schapira
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Télétravail, tout reste à inventer

10 novembre 2023

Je suis assis sur une chaise ergonomique à plus de 500 €1, en face d’un bureau assis-debout, dans une pièce isolée de ma maison, maintenue à bonne température et lumineuse (*référence en commentaire).

Ces conditions de télétravail sont excellentes, et tout mon matériel a été acheté avec des enveloppes fournies par mes employeurs et employeuses successives (Contentsquare, mon entreprise actuelle, a intégralement pris en charge ce fauteuil de bureau).

Pourtant, ces conditions sont exceptionnelles. La plupart des télétravailleurs et télétravailleuses que je connais ont dû payer tout leur matériel eux-mêmes (à part l’ordinateur, et encore). Plusieurs se sont vu dire que s’ils déménageaient à plus de quelques heures du bureau, leur situation sera réévaluée, ce qui les empêche de pouvoir occuper un logement dans une zone aux loyers plus modérés.

Pourtant, selon les derniers chiffres de l’institut de statistique du ministère du Travail, 24% des salarié·es sont concerné·es par le télétravail dont une partie, comme moi, à temps plein. Même si notre absence des locaux est un vrai défi pour le personnel RH et le management qui doivent réinventer leur manière de créer de l’adhésion aux projet et à la culture de l’entreprise, elle réduit aussi de manière importante les frais de l’entreprise en termes de baux, d’électricité, de chauffage, d’eau, de ménage, de sûreté, et réduit l’engorgement dans les salles de réunions.

En synchronisant une journée à distance en début et/ou fin de semaine pour ses salarié·es dont c’est un mode de travail partiel, une entreprise peut même faire des économies d’énergie très importantes.

Je ne crois donc pas aux grandes déclarations sur « la fin du télétravail ». Le télétravail est là pour durer, mais il ne doit pas être vu uniquement sous l’angle d’un « cadeau » aux salarié·es ou d’un gain économique pour l’employeur. C’est une évolution du mode d’engagement des salariés, avec des externalités positives comme négatives.

Il doit donc être le fruit d’une discussion et d’un accord, établissant ce qui est le plus adapté aux besoins de chaque personne concernée et de son ou ses équipes, et déterminant des compensations qui permettent une installation du poste de travail primaire (télétravail à temps complet) ou secondaire (télétravail à temps partiel), en accord avec les grandes lignes légales sur le sujet, notamment ergonomiques.

Il y a encore beaucoup à faire et les organisations syndicales (côtés employeur comme personnel), la médecine du travail, L’URSSAF et les commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) de chaque entreprise ont du pain sur la planche.

L’installation d’un poste de télétravail étant transverse à plusieurs entreprises au cour de la vie d’un ou d’une salariée, elle pourrait même faire l’objet de cotisations obligatoires dédiées, avec un « Compte Installation », comme le compte formation, qui permettrait de financer un poste de travail adapté, et serait abondé plus largement pour les salarié·es handicapé·es ayant besoin de matériel spécial.

Tout reste à inventer.

  1. Il s’agit de la NeueChair™ dont SecretLab est le distributeur en Europe. Vous pouvez parfois la trouver d’occasion sur des plateformes de seconde main comme Adopte Un Bureau, et faire une très bonne affaire. ↩

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